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Les clés du social : Les risques pour la santé mentale des cadres

Les risques pour la santé mentale des cadres

Publié le 22 novembre 2025 / Temps de lecture estimé : 3 mn

La santé mentale est la grande cause nationale de 2025 et pourtant toutes les enquêtes montrent qu’elle est dégradée pour de nombreux salariés [1] et que ce phénomène est accentué par l’intensification du travail, les nombreuses transformations des entreprises et les incertitudes de la période. Récemment l’Apec (Association pour l’emploi des cadres) a mis l’accent sur le fait que ces problèmes sont particulièrement aigus parmi les cadres, en raison de leurs fonctions, de leur charge de travail et de leurs positions dans l’entreprise, ce qui risque de rejaillir sur les autres salariés et l’entreprise.

Des risques de dégradation de la santé mentale particulièrement élevés chez les cadres

En effet, 41 % d’entre eux disent subir une forte pression dans leur travail (contre 24 % des non-cadres). Ils soulignent les difficultés de leurs conditions de travail avec des charges de travail le plus souvent lourdes, des objectifs exigeants, un temps de travail long, une sur-connexion qui les fait emmener le travail à la maison….

Aussi un tiers d’entre eux se plaignent de troubles fréquents, que ce soit un stress, une fatigue intense, une anxiété, une irritabilité, une déprime, ou un épuisement professionnel. Ce qui touche en premier les jeunes cadres et ensuite les femmes cadres. En conséquence un cadre sur 5 a eu un arrêt de travail au cours des 12 mois. Mais les deux tiers de ceux dont la santé mentale s’est dégradée ne se sont pas arrêtés. Un risque de tensions dans leur équipe et l’entreprise !

Entreprises et managers ont du mal à proposer des soutions concrètes

Beaucoup d’entreprises ont été sensibilisées cette année mais leurs actions ont peu de portée. En particulier fonctionner par simple souci de bien-être au travail (aménagement des locaux, espaces de détente…) est une politique sans impact. Aussi, si un quart des entreprises prend au sérieux la question, 41 % se sont limitées à des communications et 30 % n’ont rien fait.

Neuf managers sur 10, en proximité de ces problèmes, pensent avoir un rôle de prévention, d’accompagnement, d’écoute mais sont assez dépourvus, avec peu de moyens, alors que 7 sur 10 disent rencontrer des problèmes de santé mentale dans leur équipe. Ils sont souvent en difficulté pour agir : manque de temps, manque de formation, manque d’autonomie décisionnelle… qui s’ajoutent aux difficultés engendrées par les mutations des entreprises, voire des restructurations ou des objectifs excessifs. Aussi 65 % trouvent difficile de repérer les problèmes et 69 % de trouver des solutions, …avec une peur de mal faire.

Des risques pour la santé mentale des managers eux-mêmes

Leur cumul de rôles est de plus en plus lourd : produire, contrôler, animer, fédérer, gérer les conflits, veiller à la santé mentale de leur équipe… Ils sont fréquemment en surcharge et donc plus exposés encore aux risques d’épuisement et de dégradation de leur santé mentale. Ils sont 58 % à connaitre un stress intense (contre 52 % des cadres non managers) et même 65 % parmi les femmes managers. 50 % travaillent dans l’urgence (contre 40 %), 62 % doivent réaliser de nombreuses tâches en même temps (contre 53 %) en particulier quand certains doivent produire et manager en même temps. Si bien que 58 % connaissent parfois un stress intense (contre 52 %).

L’identité cadre amplifie les risques

En effet, en raison de leur positionnement dans les entreprises, cadres et managers ont encore plus de mal à reconnaitre et exprimer leurs problèmes de santé mentale. D’autant plus qu’ils sont marqués par la « culture du dépassement » : 83 % des cadres disent important « de se dépasser » en cas de problèmes, accentué par le manque d’intérêt de nombre de dirigeants. Ils craignent une perte de légitimité dans l’entreprise et que cela nuise à leur évolution professionnelle. Et aucune mesure n’existe dans l’entreprise pour eux.

Or, cela crée un risque de cercle vicieux, cette culture du dépassement peut entrainer des réactions à risque, ricochant sur l’ensemble de l’entreprise et leur équipe. La plupart du temps sans l’existence de solutions dans l’entreprise.



Si la sensibilisation des entreprises est commencée, les mesures spécifiques manquent, pour traiter la surcharge, pour aider les managers à aborder ces questions avec leurs équipes, à mieux réfléchir à leur propre santé mentale. D’où l’importance de la sensibilisation de tous les membres de l’entreprise, des dirigeants à l’ensemble des salariés, des apports de formation en soutien, mais aussi du questionnement des modes d’organisation du travail et de management existants.


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