Le contrat à durée indéterminée intérimaire (CDII), instauré en 2013, combine les caractéristiques d’un CDI à certaines de celles associées à l’intérim. Signé avec une entreprise de travail temporaire, il permet aux salariés d’effectuer des missions au sein de différentes entreprises, tout en bénéficiant d’un emploi permanent avec les garanties associées (rémunération fixée, congés payés, etc.) contrairement au contrat de mission intérimaire, limité dans le temps.
Fin décembre 2023, 53 800 personnes sont en CDII, représentant 7 % de l’emploi intérimaire en France, stable depuis fin 2020.
Majoritairement signés par des travailleurs expérimentés dans l’intérim, ces contrats sont surreprésentés dans les métiers de l’industrie et dans les régions à forte empreinte industrielle, comme les Pays de la Loire.
Le CDII peut conduire à signer ultérieurement un CDI classique : environ 4 salariés sur 10 dont le CDII prend fin au second semestre 2023 démissionnent et signent un CDI dans les six mois suivant leur départ.
Moins de salariés très jeunes en CDII que parmi les autres intérimaires
Depuis la signature des premiers contrats, en 2014, le nombre de salariés en CDII a augmenté régulièrement, avant d’atteindre un plateau à partir de 2020.
Les personnes en CDII ont une ancienneté moyenne limitée ; ainsi parmi les contrats actifs en décembre 2023, 7 sur 10 le sont depuis moins de deux ans, contre seulement 4 sur 10 pour les CDI classiques.
Les caractéristiques sociodémographiques des salariés en CDII sont assez proches de celles des autres intérimaires. La proportion d’hommes y est élevée, atteignant 70 % dans les deux cas. L’âge moyen des salariés en CDII (36 ans) est également comparable à celui des autres intérimaires (35 ans). En revanche, les salariés en CDII sont moins souvent très jeunes, les moins de 25 ans ne représentent que 19 % d’entre eux, contre 27 % des intérimaires en contrat de mission.
Davantage de CDII dans les régions industrielles
Les CDII sont surreprésentés dans les métiers industriels, suggérant un recours à ce type de contrat plus fréquent dans l’industrie : en décembre 2023, 60 % des salariés en CDII sont des ouvriers industriels, contre seulement 41 % des autres intérimaires. Parmi eux, environ 7 sur 10 sont des ouvriers qualifiés, une proportion similaire à celle observée parmi les intérimaires en contrat de mission.
Cette surreprésentation dans l’industrie peut être rapprochée de la répartition géographique des CDII. Par exemple, en Île-de-France, région où la part de l’industrie dans l’emploi salarié est nettement inférieure à la moyenne nationale, les CDI intérimaires représentent seulement 3 % de l’emploi intérimaire en 2023. À l’inverse, ils en représentent 10 % dans les Pays de la Loire, où l’empreinte industrielle est forte. Ainsi, les régions où la part de l’industrie dans l’emploi salarié est élevée connaissent une surreprésentation des CDI intérimaires.
Des expériences intensives dans l’intérim avant de signer un CDII
Les salariés en CDII sont souvent très bien ancrés dans le monde de l’intérim avant d’acquérir ce statut. Ainsi par exemple, avant de signer leur CDII de décembre 2023, la moitié des salariés cumulent plus de 135 jours calendaires en intérim au cours des six mois précédents. Comparativement, parmi les personnes qui débutent une mission d’intérim à la même date, la moitié ne réalisent que 76 jours au plus en intérim dans les six mois qui précèdent.
Les salariés en CDII en décembre 2023 réalisent, durant les six mois précédant la signature de leur contrat, des missions d’intérim plus longues que la moyenne des autres intérimaires : 66 % d’entre eux effectuent au moins une mission de 30 jours ou plus, contre seulement 48 % des autres intérimaires.
De même, avant le début de leur contrat, les salariés en CDII réalisent moins de missions courtes, avec seulement deux missions de trois jours ou moins en moyenne, contre quatre pour les autres intérimaires. 59 % des CDII n’effectuent aucune mission de trois jours ou moins dans les six mois précédant la signature du contrat, contre 49 % des autres intérimaires. Avant de signer leur contrat, les personnes en CDII accèdent donc davantage aux missions plus longues que les autres intérimaires. Ce résultat rejoint les travaux de l’Observatoire de l’intérim et du recrutement, qui soulignent que les agences de travail temporaire proposent un CDII uniquement aux intérimaires dont l’employabilité, particulièrement en mission longue, est élevée.
Dans les six mois précédant le début de leur contrat, les futurs titulaires de CDII travaillent plus souvent avec une seule agence de travail temporaire. C’est le cas de 80 % d’entre eux, contre 69 % des autres intérimaires. Ils sont aussi davantage en lien avec un unique établissement utilisateur durant cette période (66 % des CDII, contre 53 % des autres intérimaires).
Avant de signer leur contrat, les salariés en CDII se distinguent donc des autres intérimaires : ils sont souvent mieux insérés dans le marché du travail, faisant partie des « intérimaires permanents » ; ils bénéficient davantage d’une relation privilégiée avec une agence de travail temporaire, voire aussi avec un établissement utilisateur.
Un accès au CDI fréquent pour les démissionnaires d’un CDII
Entre le 1er juillet et le 31 décembre 2023, environ 16 000 CDII de plus de 30 jours se terminent ; les titulaires de ces contrats retrouvent souvent un emploi salarié ensuite : 8 sur 10 signent un nouveau contrat de travail, toutes natures confondues, dans les six mois suivant la fin du CDII.
Cette proportion varie toutefois selon le motif de rupture du CDII. Elle est plus élevée pour les démissionnaires, 9 sur 10, qui représentent deux tiers des causes de rupture. Inversement, cette part est nettement supérieure à celle des salariés dont le contrat s’interrompt pour d’autres motifs, comme la rupture conventionnelle (6 individus sur 10) ou le licenciement (5 sur 10). En outre, les démissionnaires tendent à retrouver un emploi très rapidement : plus de 7 sur 10 débutent un nouvel emploi dans les sept jours qui suivent leur fin de contrat.
Par ailleurs, les salariés en CDII démissionnaires se dirigent ensuite davantage vers des formes d’emploi plus stables. Parmi ceux qui retrouvent un emploi salarié dans les six mois qui suivent, plus de 6 sur 10 signent un contrat à durée indéterminée (CDI) hors intérim.
En revanche, les salariés dont le CDII se termine pour un autre motif qu’une démission rencontrent plus de difficultés à retrouver un emploi stable. Outre un délai de réinsertion professionnelle plus long, ils renouent plus souvent avec l’intérim en contrat de mission. C’est le cas pour 6 personnes sur 10 dont le CDII s’achève par un licenciement ou une rupture conventionnelle et qui retrouvent un emploi salarié dans les six mois qui suivent. Inversement, seule 1 personne sur 10 rompant son CDII pour l’un de ces deux motifs accède à un CDI hors intérim. Leur parcours de réinsertion professionnelle est ainsi moins aisé que pour les salariés quittant leur CDII après une démission.
En conclusion le contrat en CDII est assez utilisé pour les salariés qualifiés de l’industrie, et s’avère souvent comme une passerelle vers l’emploi en CDI.
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