L’étude
Elle est élaborée à partir des données SESPROS (le système européen de statistiques intégrées sur la protection sociale) diffusées par Eurostat.
Elle met en perspective la progression de la part des dépenses sociales dans le PIB en France et dans les autres pays européens sur la période 2007-2023, de manière globale et plus spécifiquement sur les deux principaux risques sociaux : la vieillesse et la maladie.
Le lien entre croissance économique et évolution de la part des dépenses sociales y est analysé, et des indicateurs relatifs à l’évolution des conditions de vie sont mis en regard des évolutions de dépenses observées dans les différents pays, afin d’étudier notamment leurs implications sur la lutte contre la pauvreté ou l’accès à la santé.
Pour préciser le champ de l’analyse comparative, notons que la protection sociale y est définie, au niveau européen, comme l’ensemble des interventions d’organismes publics ou privés destinées à soulager les ménages et les particuliers de la charge d’un ensemble défini de risques ou de besoins, à condition qu’il n’y ait ni contrepartie ni arrangement individuel en cause.
Dans cette étude, les dépenses sociales des pays sont rapportées non pas au produit intérieur brut (PIB), comme dans les publications habituelles de la Drees, mais au PIB potentiel, c’est-à-dire le PIB corrigé des variations conjoncturelles liées au cycle économique.
Des dépenses sociales en hausse presque partout en Europe
Entre 2007 et 2023, les dépenses sociales ont augmenté plus vite que la croissance économique dans la grande majorité des pays européens, tirées en premier lieu par les dépenses de retraite.
La France présente des dépenses sociales structurellement élevées dès 2007, et elles le sont encore en 2023.
Elles y augmentent de 2,8 points de PIB sur la période ; cette évolution est comparable à celle de l’Allemagne (+2,7 points de PIB) et elle est légèrement plus élevée que la moyenne de l’Union européenne (+2,3).
Cette tendance reflète un engagement accru des États en faveur de la protection sociale et de la solidarité, malgré des contextes variés.
La France est en 2023 le premier pays européen pour la part de la dépense sociale dans le PIB, et devrait, selon les premières estimations, passer en deuxième position derrière la Finlande en 2024. Ce qui souligne la place centrale de la protection sociale dans son modèle économique et social.
Des dépenses en forte baisse en Hongrie et au Danemark, en lien avec des choix politiques affirmés
Peu de pays ont vu leur niveau de dépenses sociales baisser significativement entre 2007 et 2023.
C’est le cas notamment du Danemark (-2,3 points de PIB) et, dans une moindre mesure, de la Suède (-0,3), qui avaient les niveaux de dépenses sociales les plus élevés d’Europe en 2007, avec la France.
La Hongrie a connu un recul massif des dépenses sociales depuis l’arrivée au pouvoir de Viktor Orbán en 2010 (-5,5 points de PIB entre 2007 et 2023). Ces baisses s’expliquent moins par des périodes de croissance particulièrement favorables que par des choix politiques.
On observe une corrélation inverse entre niveau de croissance et évolution de la part des dépenses sociales dans le PIB. Néanmoins, à croissance donnée, on constate une forte hétérogénéité des trajectoires.
L’exception danoise : une réduction des dépenses vieillesse sans hausse du risque de pauvreté des seniors
Dans la plupart des pays de l’UE-27, les dépenses du risque vieillesse-survie ont augmenté entre 2007 et 2023, notamment du fait du vieillissement des populations. sans que l’évolution de la part des 65 ans et plus dans la population corresponde à celle des dépenses consacrées par chaque pays au risque vieillesse.
Cela peut s’expliquer en partie par des adaptations des systèmes de retraite, via des ajustements ou des réformes, comme au Danemark avec le recul de l’âge d’ouverture des droits.
La hausse des dépenses du risque vieillesse est liée à une plus grande réduction de la pauvreté des 65 ans ou plus. Les prestations vieillesse constituent en effet la principale ressource d’une grande part des personnes âgées.
Ainsi, en France, en 2023, 92 % des 65 ans ou plus vivraient sous le seuil de pauvreté monétaire sans leurs pensions (ni aucune autre prestation sociale) ; après versement des prestations vieillesse-survie, ils sont 15 %, les pensions de retraite réduisant ainsi de 77 points le taux de pauvreté des seniors.
Concernant les dépenses de prestations vieillesse (qui incluent les pensions de retraites), seul le Danemark est parvenu à les diminuer tout en préservant les personnes âgées d’un risque de pauvreté monétaire.
Le lien entre dépenses de santé et accès aux soins est plus complexe, car l’amélioration de l’accès aux soins ne dépend pas que des dépenses de santé
La France se trouve dans une position intermédiaire : les dépenses de santé y ont augmenté, tandis que le reste à charge des ménages est resté bas, mais le renoncement aux soins a progressé. Elle consacre une part importante de son PIB aux dépenses de santé (8,8 % du PIB potentiel en 2023, contre 7,4 % en moyenne européenne), ce qui permet un remboursement élevé de soins et une couverture maladie quasi universelle.
Pourtant 65 % des Français déclarent avoir renoncé à des soins au cours de 12 derniers mois, principalement en raison de difficultés d’accès (délais, manque de médecins, reste à charge). Les déserts médicaux touchent désormais 87 % de la population, avec une accessibilité aux soins pouvant varier d’un facteur de 1 à 7 selon les territoires (Mutualité française) .
De même 6 millions de de Français n’ont pas de médecin traitant, et les zones rurales et périurbaines sont les plus touchés. Les inégalités sociales s’ajoutent à ces disparités géographiques : les populations modestes, souvent les plus exposées aux risques de santé, rencontrent davantage de difficultés pour accéder à des soins de qualité. Les études de la DREES montrent que ces inégalités impactent directement les dépenses de santé, notamment pour les séniors et les personnes atteintes de maladies chroniques.
Ainsi, malgré des dépenses parmi les plus élevées en Europe, la France fait face à un paradoxe : système généreux financièrement, mais où l’accès aux soins reste inégal, surtout pour les populations et les territoires les plus fragiles. Les réformes en cours visent à mieux articuler dépenses et accès, mais les défis structurels persistent.
En conclusion
Une étude très utile qui s’inscrit dans une démarche de transparence des données européennes, visant à éclairer le débat public sur les enjeux de la protection sociale en France et en Europe, mettant en lumière l’impact des réformes et des politiques publiques sur l’évolution des dépenses sociales, notamment en matière de santé, de retraite et d’aide aux personnes en difficultés.
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