L’enquête Piaak
Elle a concerné 39 pays et des personnes de 16 à 65 ans. Alors que la première permettait des réponses sur un ordinateur ou sur papier, pour celle de 2022-2023 les exercices ne pouvaient se réaliser que sur tablette, donc exclusivement en numérique, ce qui change beaucoup. Elle évaluait les compétences :
- en littératie : simple compréhension du vocabulaire de base, de textes courts jusqu’aux compétences de lecture de textes longs, complexes ;
- en numératie : des opérations mathématiques très basiques jusqu’à des opérations complexes et des concepts mathématiques abstraits, en passant par l’usage des fractions et des pourcentages ;
- et en résolution analogique de problèmes : des exercices aux éléments explicites et en nombre limité incluant peu d’informations non pertinentes jusqu’à la réalisation de déductions complexes à partir de sources multiples et évolutives.
Plus d’un adulte sur quatre en France n’a qu’une faible maitrise de l’usage d’information numérique, un niveau un peu plus faible que la moyenne de l’Ocde
En général, ces compétences faibles s’appliquent aux 3 domaines de l’enquête :
- en littératie, pour 28 % des répondants, en aggravation par rapport à 2012 (22 %), et supérieur à la moyenne Ocde (25 %),
- en numératie, pour 27 % (Ocde 24 %),
- en résolution de problèmes, pour 30 %, au niveau de l’Ocde (29 %).
La maitrise intermédiaire est la plus répandue :
- en littératie, pour 64 % (70 % en 2012),
- en numératie, pour 61 % (63 % en 2012),
- en résolution adaptative de problèmes, pour 66 %.
Le groupe ayant une maitrise élevée est beaucoup moins nombreux :
- en littératie, 9 %,
- en numératie 12 %, en progrès (8 % en 2012),
- et en résolution de problèmes, seulement 4 %.
Sur 10 ans, une quasi stabilité mais plus d’inégalités
Les chiffres ci-dessus montrent une stabilité de niveau d’ensemble, avec toutefois quelques baisses, une dégradation constatée dans tout l’Ocde, particulièrement en littératie pour les 55-65 ans, sauf pour les moins de 25 ans en numératie. Si cette érosion se constate parmi les salariés en faible maitrise des compétences en littératie et, pour ceux en maitrise intermédiaire, en littératie et un peu en numératie, la maitrise élevée augmente en numératie.
Il existe cependant de forts écarts selon les âges : par exemple, pour tout ce qui est calcul et mathématique, le niveau faible est 2 fois plus important pour les séniors de 55-65 ans que chez les jeunes de 16 à 24 ans. Est-ce l’effet du vieillissement, d’une différence de niveau d’études, d’un moindre usage du numérique ? En effet seuls 53 % des seniors utilisent internet tous les jours contre 73 % tous âges confondus et 87 % des 16-24 ans.
Au contraire, l’enquête montre peu d’écarts entre hommes et femmes : les femmes étant un peu meilleures en littératie et les hommes en numératie. Comme à l’école ! Et un même niveau de résolution de problèmes.
Les écarts sont beaucoup plus importants selon le niveau de diplôme et les origines. Sans surprise, on retrouve moins de faible maitrise quand le niveau de diplôme augmente. Alors que les personnes n’ayant pas atteint le CAP sont en faible maitrise dans les 3 domaines à 58-59 %, ceux qui ont un diplôme du supérieur ne sont que 8 à 11 % en faibles compétences selon les 3 domaines. Et cet écart s’accroit en 10 ans, particulièrement pour la littératie. Les personnes nées à l’étranger sont aussi défavorisées, surtout si le français n’est pas leur langue maternelle. Enfin, l’écart est grand selon l’origine sociale : par exemple en littératie, 28 % d’enfants d’ouvriers se retrouvent en faible maitrise, alors que le chiffre n’est que de 6 % pour les enfants de cadres. La situation est encore plus dure pour les personnes dont un seul parent travaille, ou si aucun ne travaille.
Cette étude montre bien les carences et les inégalités des compétences utilisant le numérique, en lecture, mathématiques et résolution de problèmes parmi les Français. Le problème démarre à l’école, pour laquelle la France reste un pays très inégalitaire et peine à se réformer, et se poursuit à l’âge adulte, au travail en particulier, pour renforcer, développer et mettre à jour les compétences au moment où le numérique et l’intelligence artificielle avancent à très grands pas, nécessitant une prise en charge collective, tant au niveau de l’État qu’à celui des partenaires sociaux, de l’échelon national jusqu’aux entreprises.
Source
- DARES : Compétences des adultes en 2023 : quelle maîtrise de la recherche et de l’utilisation des informations à l’ère du numérique ? décembre 2024 :
https://dares.travail-emploi.gouv.fr/.../Dares_DA_Piaac_.pdf

