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Les clés du social : Les partenaires sociaux partagés entre volonté d'avancer, scepticisme, bouderies et postures

Les partenaires sociaux partagés entre volonté d’avancer, scepticisme, bouderies et postures

Publié le 31 décembre 2025 / Temps de lecture estimé : 6 mn

Dans ce contexte difficile d’instabilité politique, les partenaires sociaux et donc le dialogue social devraient pouvoir représenter un pôle de stabilité sur lequel l’ensemble des acteurs peuvent s’appuyer pour tenter de répondre conjointement aux enjeux économiques et sociaux. En proposant d’abandonner la lettre de cadrage sur l’assurance chômage envoyée par le gouvernement Bayrou et surtout en suspendant la réforme des retraites de 2023 et en appelant à une conférence sociale sur le travail et les retraites, le gouvernement Lecornu semble donner des signes positifs dans ce sens. Si, du côté syndical, avec plus ou moins de bonne volonté, les organisations syndicales répondent présentes, du côté patronal on semble plus réticent et plus particulièrement le Medef dont on peut s’interroger sur sa stratégie actuelle.

L’assurance chômage et les négociations sur les ruptures conventionnelles et les contrats courts

À la suite de la demande des partenaires sociaux, mis à part le Medef, de renoncer au document de cadrage sur l’assurance chômage de François Bayrou qui demandait 4 milliards d’économies à l’assurance chômage, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, dans un courrier leur a annoncé qu’il acceptait de le retirer à la condition de négocier un accord national interprofessionnel sur les ruptures conventionnelles et les contrats courts. L’objectif serait de réaliser 400 millions d’économies. Malgré des doutes sur la possibilité et la nécessité d’y parvenir, tous les syndicats ont participé à la première réunion. Du côté patronal, seule la CPME s’y est rendue. Prétextant des problèmes d’agenda, le MEDEF et l’U2P ont finalement décidé de revenir à la table des négociations le 7 janvier 2026. Mais cette négociation n’est pas gagnée d’avance, le patronat souhaitant économiser 1 milliard d’euros. Au final, s’il y a échec de cette négociation d’ici au 31 janvier 2026, l’État pourrait reprendre la main sur le sujet.

Positionnement des organisations sur cette négociation

Les cinq syndicats représentatifs ont affiché un certain scepticisme sur l’objectif des économies à réaliser. La CGT veut régler des comptes avec le patronat qui a bien profité des ruptures conventionnelles pour se débarrasser de certains salariés. FO juge qu’en voulant 1 milliard d’économies, le « patronat se moque du monde », la CGC soupçonne le patronat de vouloir que l’État reprenne la main sur l’assurance chômage, la CFDT et la CFTC en désaccord aussi sur l’objectif patronal se déclarent prêtes à regarder le sujet.

Du côté patronal, le moins que l’on puisse dire est que l’enthousiasme n’est pas au rendez-vous. En fixant l’objectif d’économies à réaliser à 1 milliard d’euros, on voit mal comment les points de vue pourraient se rapprocher.

La conférence sur le travail et les retraites

Les négociations entre le gouvernement et son opposition de gauche ont abouti, entre autres, à la suspension de la réforme des retraites de 2023. Sébastien Lecornu avait annoncé la tenue d’une « conférence sociale sur le travail et les retraites ». Il entend profiter de cette suspension pour remettre la question des retraites à plat et dégager des propositions susceptibles d’être reprises par les différentes écuries en présence lors des élections présidentielles. En plus des organisations syndicales représentatives au plan national interprofessionnel (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC et Medef, CPME, U2P), UNSA, Solidaires, FNSEA, UDES et les employeurs publics ont été invités. Le Medef et Solidaires n’ont pas répondu à cette invitation.

La conférence durera jusqu’à l’été prochain ponctuée par des réunions mensuelles. Elles seront animées par des personnalités reconnues pour leurs compétences. Des experts et bien sûr les partenaires sociaux y interviendront. Première réunion le 30 janvier. Les débats aborderont toutes les questions qui concernent le travail et l’emploi et les évolutions du système de retraite. Un vaste programme, d’autant que l’ensemble des sujets feront l’objet d’une approche spécifique entre secteur privé et public. Les participants paraissent tous vouloir aborder ces questions de façon constructive mais s’interrogent sur les débouchés de cette conférence.

Les organisations syndicales, entre volonté d’avancer et scepticisme

Toutes les organisations syndicales se félicitent que les secteurs privés et publics soient concernés par ces travaux.

La CFDT y voit un excellent moyen de réaborder le sujet des retraites par le bon bout en partant des réalités du travail. Elle pousse entre autres sujets l’idée de la retraite à la carte où, sans âge légal, chacun pourrait décider en connaissance de cause de la date de son départ à la retraite. Aucun sujet ne doit être tabou y compris la capitalisation qui, pour elle, doit de toutes façons rester marginale dans le système des retraites. Cette conférence lui semble un bon moyen de faire connaître et apprécier ses propositions.

La CGT compte bien réaffirmer sa revendication d’abroger la réforme de 2023. Pour elle la conférence, tout en abordant la question des conditions de travail et de la pénibilité, doit déboucher sur un mode de financement du retour à la retraite à 60 ans et propose qu’elle soit suivie d’un ou plusieurs référendums sur les sujets abordés. À l’approche de son prochain congrès et malgré l’échec de la dernière journée d’action du 2 décembre 2025, il ne faut pas espérer plus d’ouverture de la part de la CGT en matière de dialogue social.

Pour FO, la conférence peut servir de levier à une véritable négociation dans le respect de l’agenda des partenaires sociaux. FO a déclaré « ne pas être là pour alimenter le débat d’idée de la présidentielle de 2027 ».

La CFE-CGC apprécie que les choses soient enfin remises dans l’ordre et donc parler du travail et de l’emploi, "le cœur du sujet », avant d’aborder la question des retraites.

La CFTC a réaffirmé sa volonté de promouvoir la retraite par points qui est « un système plus juste et plus équitable ». Au contraire de FO, la CFTC considère que « si cela sert à éclairer le débat de la future présidentielle, on aura déjà fait une partie du travail ».

L’UNSA accueille de façon positive cette conférence qui permet un dialogue approfondi entre partenaires sociaux.

Solidaires n’a pas participé à la conférence sociale.

Du côté patronal, la CPME a tenu un discours assez consensuel sur le lien performance économique et progrès social. La CPME constate que le travail ne peut plus à lui seul financer la protection sociale. « On a atteint des limites insupportables ! ». Concernant le travail, admettant des progrès à faire du côté managérial, la CPME a insisté sur la prévention de l’usure au travail.
L’U2P considère que pour faire face au défi de la démographie, il faut repousser davantage l’âge de départ à la retraite. Elle appelle toutefois au dépassement des postures pour faire de la conférence un espace utile.
Quant au Medef, grand absent de cette conférence, il refuse de participer pour protester contre la vague de projet fiscaux du gouvernement et du parlement. Une position qui peut surprendre alors que, dans le passé, la première organisation patronale n’avait jamais adopté la politique de la chaise vide. Et le prétexte invoqué par son Président de privilégier l’agenda autonome des partenaires sociaux ne convainc personne. Depuis quelques mois on assiste à un durcissement des positions sociales du Medef notamment à la suite de l’échec qu’il a provoqué du conclave. Cela pose un véritable problème pour la qualité du dialogue social. Reviendra-t-il à la table de cette conférence ? En tous cas c’est ce que souhaitent les autres acteurs sociaux et le ministre du Travail.

2026 devrait être une année pleine d’enjeux pour les acteurs sociaux. Patronats et syndicats de salariés sauront-ils s’en saisir ? D’autant que les principales organisations syndicales nationales (FO, CGT, CFDT, CFE-CGC) vont réunir chacune leur congrès. Des congrès qui peuvent s’avérer compliqués pour FO où son secrétaire général est contesté en interne et surtout pour la CFE-CGC qui fait face à une bataille de succession entre un candidat des Banques (Christophe Roth), soutenu par le syndicat de policiers Alliance, et la candidate (Christelle Thieffinne) soutenue par le Président sortant.

Plus largement, 2026 pourrait être, si les partenaires sociaux s’en donnent les moyens, l’année de l’approfondissement du dialogue social alors que l’État semble avoir abandonné sa posture de réserve vis-à-vis d’eux. L’affirmation des positions des uns et des autres peut aussi permettre un dialogue social plus riche, plus exigeant, porteur de progrès pour les entreprises et pour les salariés.


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