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Les clés du social : Les nouveaux visages de l'agriculture

Les nouveaux visages de l’agriculture

Publié le 1er octobre 2025 / Temps de lecture estimé : 4 mn

Notre pays compte aujourd’hui près de 400 000 agriculteurs, ils étaient quatre fois plus nombreux en 1970. Le résultat de la mécanisation et de la modernisation de l’agriculture qui a connu d’importants gains de productivité et une concentration forte des exploitations. Conséquence, une augmentation du salariat agricole et des changements générationnels à prévoir pour les propriétaires. Comment faire en sorte que ce changement générationnel et cette évolution des modes de travail aillent de pair avec un système agricole plus vertueux et plus durable et une amélioration de la situation des salariés ? Éléments de réponse dans le rapport du Think tank Terra Nova et les travaux de la fédération FGA-Agro CFDT, la première du secteur.

Portrait d’une profession

François Purseigle et Cécile Gazo ont pu écrire :

« la place occupée par les agriculteurs dans la société française est singulière à bien des égards. Ces derniers constituent en effet le seul groupe professionnel à être passé, en un siècle, d’une situation de majorité au sein de la population française à une simple minorité ».

Le rapport indique que depuis les années 1950, l’agriculture française s’est profondément modernisée notamment grâce à la mécanisation, à une meilleure sélection des semences et à l’utilisation intensive d’engrais et de produits phytosanitaires. Cela a entrainé de spectaculaires gains de productivité mais aussi une érosion continue du nombre de fermes et d’agriculteurs.

En 1970, il y avait en métropole quatre fois plus de fermes (1 587 600) qu’aujourd’hui (390 000) et, en près de quarante ans, la part de l’emploi agricole dans l’emploi total en France a été divisé par trois : (7,5 % en 1982 contre 2,7 % en 2022), selon l’Insee. Dans le même temps, la taille moyenne des exploitations a augmenté : 70 ha aujourd’hui contre 42 ha en 2000 (+66%).

Même si la majorité des chefs d’exploitation sont encore aujourd’hui enfants d’agriculteurs, les installations hors cadre familial augmentent : ce sont 34,3 % des installations intervenues depuis 2010, contre 22,7 % avant 2010. Et bien sûr, les aspirations de ces nouveaux installés sont différentes de celles de leurs ainés et leurs pratiques intègrent moins d’élevage et plus de diversification. Ils sont enfin plus féminisés, plus âgés et plus formés.

De plus, la fédération Agri-Agro CFDT relève que le paysage de l’agriculture française cède sa place à de nouvelles formes d’organisation du travail et en particulier l’essor du salariat et malheureusement la montée de la précarité. Si aujourd’hui, les salariés sont plus nombreux que les agriculteurs (près de 1,5 million de personnes), ils assurent déjà près de la moitié du travail sur les exploitations agricoles. Avec les changements en cours et à venir : nombreux départs en retraite d’agriculteurs, recherche de plus de qualité de vie au travail, fort développement de la sous-traitance… demain le salariat sera prépondérant, comme dans les autres secteurs économiques.

Quelles sont les politiques publiques d’aides à l’installation et d’accompagnement ?

Les dispositifs sont nombreux et variés. Il s’agit de de subventions, d’exonérations fiscales et sociales, de la mise en œuvre du programme Aide à l’Accompagnement à l’Installation et la Transmission en Agriculture (AITA), de l’encadrement du marché foncier agricole. Mais pour Terra nova, les principaux dispositifs ne semblent plus en adéquation avec les besoins exprimés par les nouveaux installés.

La mise en œuvre de la nouvelle PAC, le transfert aux régions de la gestion des aides à l’installation et la loi d’orientation et d’avenir agricole actuellement discutée à l’Assemblée nationale vont impacter l’organisation de ces dispositifs. La création des guichets France service agriculture, points d’accueil uniques pour les porteurs de projets, les cédants et ceux qui sont salariés, sera également un changement important.

Pour la CFDT, les dispositifs mis en place sont coûteux, et traduisent une intervention publique à l’aveugle et non évaluée.

Les propositions de Terra Nova

Elles visent à redonner de l’attractivité au métier et cibler un public nouveau, base du renouvellement démographique mais aussi à accélérer la transition écologique.

  • Proposer des dispositifs d’accompagnement qui répondent à la diversité des profils et des nouvelles formes d’installations.
  • Assurer une meilleure représentativité des différents modèles agricoles tout au long du parcours de formation.
  • Élargir l’accès à la dotation jeune agriculteur jusqu’à 50 ans et la remplacer par une dotation nouvel agriculteur (DNA).
  • Faciliter l’accès au foncier par le développement de fonds de portage. Pour encourager les nouveaux installés qui s’engagent dans une démarche agroécologique, le développement d’initiatives foncières agricoles citoyennes, non lucratives, doit être encouragé.
  • Lors de la location de terrains préemptés par la SAFER ou appartenant à des collectivités locales, prioriser des baux ruraux environnementaux (BRE), notamment dans le cadre de parcelles précédemment cultivées en bio ou à proximité de zones de captage.
  • Encourager la mise en place d’un diagnostic modulaire à l’échelle de l’exploitation, qui devra se faire en amont de la transmission pour que les repreneurs puissent avoir une analyse la plus précise possible de l’exploitation. Ce diagnostic inclura notamment un stress test climatique et un diagnostic de santé des sols.

Les propositions de la fédération Agri-Agro CFDT

La centrale en appelle à l’évaluation des politiques nationales et européennes et des dispositifs financiers. Elle souhaite la mise en place de politiques publiques favorisant la pérennisation de l’emploi, l’amélioration des conditions de travail et le développement de parcours professionnels pour les salariés agricoles, afin de garantir un avenir durable pour le secteur agricole.

En conclusion, une belle opportunité pour les différents pouvoirs publics de saisir le renouvellement générationnel en cours et de l’essor du salariat agricole pour accélérer la transformation du secteur et favoriser l’innovation et la transition écologique.


Sources