Une étude qui porte sur les revenus déclarés pour l’impôt sur le revenu
Le document réalisé par l’INSEE porte principalement sur la comparaison des sources de revenus des foyers fiscaux les plus riches à partir des déclarations de revenus des contribuables sur les revenus imposables (salaires et traitements, bénéfices professionnels, pensions, rentes et revenus de remplacement tels que l’assurance chômage) sans prendre en compte les prestations sociales et minimas sociaux perçus, non imposables.
Qui sont les 0,1 % de ménages aux revenus les plus élevés (très hauts revenus) ?
Ils sont 41 700 foyers fiscaux à faire partie de cette catégorie. Ce sont en majorité des personnes dont le premier déclarant est âgé de plus de 55 ans (51,3 ans pour les 99,9 % autres déclarants), largement mariés ou pacsés (82,3 %), vivant en ville et particulièrement en Île de France (47,7 %), pour beaucoup demeurant à Paris ou dans les Hauts de Seine (37,5 %).
La moitié de ces foyers fiscaux à très hauts revenus disposaient en 2022 d’un revenu supérieur à 642 000 euros (revenu médian) et d’un revenu moyen de 1 027 700 euros. Ils payaient en moyenne 264 100 euros d’impôt sur le revenu. Le revenu le moins élevé de cette catégorie de contribuable était de 463 000 euros.
Quelles sont les sources de revenus des 0,1 % les plus aisés ?
| Types de revenus | Très hauts revenus 2022 | Foyers fiscaux aux revenus moins élevés | Très hauts revenus 2003 | Évolution des revenus 2022/2003 |
| Traitements et salaires | 35,5 % | 63,2 % | 38,1 % | 104 % |
| Pensions et retraites | 2,7 % | 26,9 % | 2,1 % | 184 % |
| Bénéfices professionnels | 10,5 % | 4,7 % | 28,0 % | -18 % |
| Revenus fonciers | 3,3 % | 2,7 % | 5,7 % | 27 % |
| Revenus de capitaux mobiliers | 47,0 % | 2,2 % | 26,0 % | 295 % |
Tableau tiré de France portrait social – Insee référence 2025
Comme on peut le voir sur ce tableau, l’origine des revenus des 1 % les plus aisés est différente des autres catégories de foyers fiscaux. 35,5 % des revenus proviennent des traitements et salaires. Ce sont essentiellement des salariés des activités bancaires et de sièges sociaux auxquels se rajoutent les salariés du secteur professionnel sportif tels que les joueurs de football par exemple.
40 % proviennent des professions indépendantes (bénéfices agricoles, bénéfices industriels et commerciaux, et bénéfices non commerciaux). 55 % viennent des professions libérales qui génèrent 80 % des revenus des indépendants aux très hauts revenus. Ce sont pour un peu plus de la moitié des médecins et dentistes et un peu moins d’un quart des activités juridiques et comptables.
Notons que l’essentiel de la progression des revenus de tous ces contribuables aisés vient des revenus des capitaux mobiliers (multipliés par près de 3 depuis 2003) alors que les revenus des capitaux mobiliers des autres contribuables ont progressé de 76 % et leurs salaires que de 41 %.
Les évolutions de revenus moyens des foyers fiscaux 0,1 % les plus aisés
Les revenus de ces contribuables ont progressé de 119 % entre 2003 et 2022. C’est 2,6 fois la progression de l’ensemble des autres catégories. C’est aussi 2,3 fois plus élevé que la catégorie de revenus la plus proche (entre 90ème et 99,9ème centile) La progression n’est que de 45 % du 25ème au 89ème centile et 24 % pour le 1er quart. À l’intérieur de la catégorie des plus aisés l’écart important entre le revenu moyen et le revenu médian montre que la progression est encore plus importante chez les plus riches alors que l’évolution des catégories inférieures est équivalente pour toutes les autres catégories entre le deuxième quart et 99,9ème centile et plus lente pour les foyers fiscaux plus bas.
Alors que la progression des autres catégories de revenus des contribuables est aussi assez équivalente, ce n’est pas le cas pour celle des plus hauts revenus qui sont beaucoup plus sensibles que les autres aux aléas économiques ou aux crises.
Ainsi, alors que la courbe de progression évoluait assez positivement au début des années 2000, elle s’est inversée à l’occasion de la crise des subprimes en 2008-2009 pour repartir ensuite, puis de nouveau s’inverser face à la crise des dettes souveraines en 2012-2013. Elle repart plus lentement sous le quinquennat de François Hollande avec des mesures fiscales moins avantageuses pour les plus riches. Mais la courbe va littéralement exploser depuis 2018 à la faveur des mesures fiscales prises en faveur des revenus financiers et des capitaux mobiliers sous la Présidence Macron. Ces revenus ont plus que doublé sur cette période. Au-delà des mesures fiscales, ces contribuables ont fortement profité de la progression des valeurs financières, ce qui n’a pas ou peu été le cas pour les autres catégories voire pas du tout pour les plus pauvres.
L’impôt sur le revenu
Si les très hauts revenus ont contribué largement à l’impôt sur le revenu (10,7 milliards d’euros) soit 13,1 % de l’impôt sur le revenu payé par l’ensemble des contribuables (10,5 % en 2003), leur taux moyen d’imposition a baissé à 25,7 % en 2022 contre 29,2 % en 2003.
Le constat est donc sans appel, les inégalités en France se sont lourdement aggravées durant ces 20 dernières années entre une minorité de foyers fiscaux très riches et les autres contribuables et notamment les plus pauvres. Et même si notre système de redistribution corrige pour partie ces écarts, il n’en reste pas moins que les très riches sont devenus de plus en plus riches. Cette évolution est destructrice pour notre société. Elle engendre d’immenses frustrations et nourrit un fort sentiment d’injustice chez beaucoup de citoyens notamment en matière fiscale. Elle légitime pleinement le débat sur la question de l’imposition des plus riches.
Source
- Insee France, Portrait social :
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8612596

