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Les clés du social : La Confédération syndicale internationale alerte sur un effondrement des droits des travailleurs dans le monde

La Confédération syndicale internationale alerte sur un effondrement des droits des travailleurs dans le monde

Publié le 9 août 2025 / Temps de lecture estimé : 4 mn

La douzième édition de l’Indice des droits dans le monde de la Confédération syndicale internationale (CSI) vient de paraître. Elle alerte sur l’aggravation des droits des travailleurs en 2025. Les notes moyennes des pays se sont détériorées dans trois des cinq régions du monde, l’Europe et les Amériques enregistrent leurs plus mauvais résultats depuis la création de l’Indice en 2014. Elles montrent une forte augmentation des violations des droits fondamentaux, notamment l’accès à la justice, le droit à la liberté d’expression et à la liberté de réunion, et le droit de négociation collective, y compris en France.

La seule étude annuelle mondiale complète

La CSI est la première organisation internationale syndicale en termes d’organisations affiliées et d’adhérents. Fondée en 2006 par le regroupement de 2 anciennes confédérations internationales, elle revendique plus de 200 millions d’adhérents. Elle regroupe 332 organisations syndicales dans 163 pays. Son slogan est : « Renforcer le pouvoir des travailleurs ». Depuis 2014, elle édite l’indice des droits dans le monde qui permet de suivre l’état des relations sociales dans tous les pays.

L’action des États et des entreprises

La CSI pointe du doigt un environnement de plus en plus hostile et signale qu’un nombre croissant de gouvernements adoptent des lois qui criminalisent les organisations de la société civile, y compris les syndicats, en les qualifiant « d’agents étrangers ». Les violations du droit de grève et du droit d’enregistrer un syndicat restent à des niveaux record, soulignant l’intensification de la répression des libertés fondamentales des travailleurs. Pour la CSI, il s’agit d’un véritable coup d’État contre la démocratie qui porte atteinte aux droits et au bien-être des travailleurs. Ces attaques sont de plus en plus souvent orchestrées par l’extrême droite, soutenue parfois par des milliardaires déterminés à réorganiser le monde pour servir leurs propres intérêts, aux dépens des travailleurs ordinaires.

Les principaux problèmes recensés

  • Les travailleurs n’ont eu qu’un accès limité, voire aucun accès à la justice dans 72 % des pays, un chiffre en forte augmentation par rapport aux 65 % de 2024. Par exemple, en Serbie, les travailleurs sont confrontés à de nouveaux obstacles pour accéder à la justice. Le délai pour contester les violations du droit du travail a été ramené de 90 à 60 jours et les frais de justice et d’avocat élevés rendent la protection juridique inaccessible à de nombreux travailleurs.
  • Des atteintes aux droits à la liberté d’expression et à la liberté de réunion ont été signalées dans 45 % des pays – un record pour l’Indice et une hausse par rapport aux 43 % de 2024. Par exemple, En Russie, des restrictions draconiennes liées au covid sont toujours appliquées pour les événements publics ; les autorités ont ainsi le pouvoir d’interdire les rassemblements syndicaux sous couvert de mesures sanitaires.
  • Le droit de grève a été violé dans 87 % des pays – un chiffre inchangé par comparaison au niveau le plus élevé de 131 pays en 2024.
  • Le droit à l’enregistrement légal des syndicats a été entravé dans 74 % des pays, comme en 2024, c’est-à-dire le plus mauvais niveau depuis le début de l’Indice.
  • Le droit de négociation collective a été restreint dans 80 % des pays (121), contre 79 % en 2024. En Suède, l’entreprise d’Elon Musk, Tesla, a totalement contourné les négociations, et a remplacé les travailleurs en grève par des briseurs de grève, plutôt que d’entamer des négociations collectives.
  • Les autorités de 71 pays (47 %) ont arrêté et/ou emprisonné des travailleurs, ce qui représente une légère amélioration par rapport au record de 74 pays en 2024, mais presque le double du taux enregistré en 2014. Ainsi, la situation des libertés civiles en Tunisie demeure extrêmement préoccupante.
  • Dans trois pays sur quatre, des travailleurs ont été privés du droit de liberté syndicale et du droit de s’organiser, comme en 2024. Amazon, l’entreprise de Jeff Bezos, a réagi à la création du premier syndicat au Canada en fermant ses entrepôts au Québec, ce qui a entraîné la perte de 2 000 emplois.

Regards sur les grandes régions du monde

Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord demeurent la pire région pour les droits des travailleurs. La région Asie-Pacifique a légèrement amélioré sa note pour la troisième année consécutive, avec une note moyenne de 4,08 contre 4,13 sur 10 en 2024. Les notes hautes sont les plus mauvaises et les meilleures les plus basses. L’Afrique affiche son deuxième plus mauvais résultat, avec une note de 3,95 contre 3,88 en 2024. Les Amériques ont atteint leur pire niveau depuis la création de l’Indice, passant de 3,56 en 2024 à 3,68 – la plus forte régression annuelle depuis 2017.

Et enfin, même si l’Europe reste, en moyenne, la région la moins répressive pour les travailleurs, une détérioration constante a été observée au cours des quatre dernières années. La note moyenne atteint 2,78, la plus mauvaise depuis le début de l’Indice, contre 2,73 en 2024. En France, la CSI épingle un environnement marqué par les tentatives de contourner la négociation collective et par des atteintes contre les représentants des salariés.

Pour la CSI, la montée des partis et mouvements politiques d’extrême droite en Europe a renforcé le risque d’une nouvelle dégradation des droits des travailleurs et des syndicats.

En conclusion, il est alarmant de constater que seuls sept pays sur les 151 que compte l’Indice ont reçu la note maximale. La CSI a décidé d’une campagne « Pour une démocratie en acte ». Elle vise à mobiliser les travailleurs et les syndicats et à éclairer la situation actuelle. Les libertés démocratiques subissent les attaques d’un groupe de plus en plus restreint de personnes qui accaparent une portion disproportionnée des richesses. Aujourd’hui, une minuscule fraction de la population mondiale – moins de 1 % – détient pratiquement la moitié de la richesse de la planète.


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