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Le travail paie-t-il aujourd’hui plus qu‘hier ?

samedi 22 février 2020

Le travail paie-t-il aujourd’hui plus qu’une situation d’inactivité ? Travailler entraîne-t-il une perte de revenus ? France Stratégie dans son rapport analyse les réformes successives des prestations visant à davantage inciter au travail ces dernières années, et confirme que le travail paie significativement plus qu’une situation d’inactivité même pour de très faibles niveaux de rémunération. Il analyse aussi la faible revalorisation des prestations servies à ceux qui n’ont aucun revenu d’activité : en euros constants le revenu disponible des ménages sans activité évolue moins vite que le seuil de pauvreté.

Le rapport de France Stratégie confirme les conclusions du livre d’ATD Quart Monde « En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté »

- « On gagne plus au chômage qu’en travaillant », FAUX : malgré les affirmations de la ministre du Travail lors de la négociation assurance-chômage, si la personne ne retrouve pas du travail, au bout de 4 mois, son allocation moyenne sur 11 mois, sera inférieure à son salaire moyen antérieur.

  • Si on considère les personnes sans enfant, une personne seule sans emploi ne bénéficiant que des dispositifs universels de soutien aux ménages modestes est toujours sous le seuil de pauvreté en 2019 ; elle en est même plus éloignée qu’en 2000.
  • Un travailleur à plein temps au SMIC a un niveau de vie bien supérieur au seuil de pauvreté en 2019 alors qu’il était à peine au-dessus de ce seuil en 2000.
  • Mais un emploi au SMIC à temps plein, s’il permet aux célibataires, avec ou sans enfants, de sortir de la pauvreté, ne préserve pas aujourd’hui les couples (avec ou sans enfants) du phénomène de pauvreté laborieuse.

- « On peut gagner plus en alternant périodes travaillées et non travaillées, qu’en travaillant en continu à temps partiel », FAUX : on oublie de considérer la durée d’indemnisation. De plus, à partir d’avril 2020, le calcul sera établi à partir du revenu moyen des mois où le salarié a travaillé. Cela aura pour effet d’allonger les périodes d’indemnisation et d’abaisser le montant des allocations des salariés qui alternent périodes travaillées et non travaillées.

- « Les gens préfèrent des emplois précaires pour être plus libres », FAUX : le travail partiel est plus souvent contraint que choisi, même si ces salariés perçoivent une prime de 10 % de fin de contrat. Dans une enquête de l’UNEDIC, pour les allocataires qui ont travaillé moins d’un temps complet, deux tiers déclarent qu’ils auraient préféré travailler plus au cours d’un mois. Dans toutes les configurations familiales sauf celle d’une personne isolée avec un enfant, un travail au SMIC à mi-temps ne permet pas de sortir de la pauvreté.

Le rapport de France stratégie confirme

- Le travail paie, quelle que soit la configuration familiale. Ce n’était souvent pas le cas en 2000 : lorsqu’une personne reprend une activité, le ménage auquel elle appartient voit dans tous les cas son revenu disponible, donc son niveau de vie, progresser :

  • La prime pour l’emploi, plusieurs fois revalorisée, a d’abord rendu intéressante la reprise d’activité pour un niveau de rémunération égal au SMIC.
  • Le RSA activité a ensuite rendu intéressante la reprise d’un emploi dès les premiers euros gagnés. Ainsi, pour un célibataire, un mi-temps au SMIC procure un gain de niveau de vie de près de 40 %, alors que ce gain était nul au début des années 2000.
  • L’amélioration est générale, sauf pour les personnes vivant avec un conjoint en emploi rémunéré au niveau d’un SMIC, pour lesquelles le gain financier d’un retour à l’emploi est plus faible qu’en 2000.

- La reprise d’activité permet de sortir de la pauvreté grâce à l’introduction du RSA activité en 2009. En 2018, une personne isolée avec un enfant qui reprenait un travail à mi-temps payé au SMIC sortait de la pauvreté. En 2018, son niveau de vie s’établit entre 110 % et 122 % du seuil de pauvreté selon ses charges de famille :

  • Un célibataire sans enfant, une personne isolée avec deux ou trois enfants étaient toujours sous le seuil de pauvreté, mais n’en étaient plus très éloignés (niveau de vie autour de 96 % du seuil de pauvreté).
  • Pour des couples mono-actifs, avec ou sans enfant, où un seul des deux conjoints travaillait à mi-temps payé au SMIC, la situation s’est améliorée, mais le niveau de vie de ces ménages se situait encore entre 80 % et 85 % du seuil de pauvreté en 2018.

- Les taux de prélèvement ont globalement beaucoup baissé pour les personnes seules, avec et sans enfant. Pour les allocataires reprenant un emploi, les taux effectifs de prélèvement sur les revenus du travail ont beaucoup baissé depuis 2000, sauf pour certains couples bi-actifs.

  • Pour chaque cas-type, on peut calculer un taux effectif de prélèvement qui mesure la part des revenus du travail qui sont « effacés » par la baisse des prestations reçues et éventuellement par la hausse des impôts payés et qui donc ne se traduisent pas par une hausse du revenu disponible.
  • Ils ont aussi diminué pour les couples avec et sans enfant où les deux conjoints étaient initialement sans emploi et où l’un des conjoints reprend une activité. Par exemple, pour un couple sans enfant dans lequel aucun des deux conjoints ne travaille initialement et où un des conjoints reprend une activité, le taux effectif de prélèvement sur les revenus du travail est de l’ordre de 40 % à 45 % pour des revenus d’activité compris entre 0 et 2,5 SMIC, alors que les taux effectifs de prélèvement sur les revenus du travail étaient supérieurs à 100 % au début des années 2000 entre 0,5 et 1 SMIC.

- L’accroissement des gains à l’emploi s’est donc accompagné d’une meilleure protection contre la pauvreté des travailleurs. Le pouvoir d’achat des ménages allocataires sans emploi a progressé depuis 2000, entre +3 % et +14 % selon la configuration familiale. Pourtant, comme le revenu médian a progressé de 15 % sur la période, leur niveau de protection contre la pauvreté monétaire s’est dégradé.

Si le travail paie désormais dans tous les cas, il ne garantit pas toujours de sortir de la pauvreté. Pour imaginer des dispositifs efficaces et justes de soutien au revenu des plus modestes, il est donc nécessaire de trouver un équilibre entre deux objectifs difficiles à concilier pour des ressources publiques limitées : faire en sorte que le travail paie suffisamment ; protéger contre la pauvreté les ménages aux ressources les plus faibles, ceux qui sont sans emploi. Ce type d’arbitrage est au cœur des réflexions et des concertations sur le RUA - revenu universel d’activité.



Références