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La classe moyenne en perte de vitesse : l’OCDE alerte

samedi 1er juin 2019

Dans son nouveau rapport, l’OCDE alerte sur les difficultés que rencontre la classe moyenne dans de nombreux pays du monde. Les ménages de la classe moyenne ont le sentiment d’être laissés de côté et mettent en question les retombées de la mondialisation. Dans de nombreux pays de l’OCDE, les revenus intermédiaires ont moins progressé que les revenus moyens et, dans quelques pays, ils n’ont pas augmenté du tout. Le coût de certains biens et services, comme le logement, qui sont essentiels au mode de vie de la classe moyenne, a augmenté plus rapidement que les revenus d’activité et l’inflation globale dans de nombreux pays.

Pourquoi se concentrer sur la classe moyenne ?

Pour de nombreuses générations, la classe moyenne signifiait l’assurance de vivre dans une maison confortable et d’avoir un style de vie satisfaisant, grâce à un emploi stable et des perspectives de carrière. Au niveau macroéconomique, une classe moyenne forte et prospère favorise des économies et des sociétés stables. Par leur consommation, leurs investissements dans l’éducation, la santé et le logement, leur soutien à des services publics de qualité et leur confiance envers autrui et dans les institutions démocratiques, ils sont les fondements mêmes de la croissance inclusive. Toutefois, certains signes indiquent aujourd’hui que ce fondement de nos démocraties et de notre croissance économique n’est plus aussi stable que par le passé, d’après le rapport.

Un rétrécissement quantitatif

Pour les auteurs du rapport, la classe moyenne a rétréci dans la plupart des pays de l’OCDE. Les jeunes générations ont de plus en plus de mal à y accéder. En termes de définition, les ménages qui composent la classe moyenne ont des revenus compris entre 75 % et 200 % du revenu national médian. Or, si près de 70 % des personnes de la génération du baby-boom faisaient partie des ménages à revenu intermédiaire lorsqu’elles avaient une vingtaine d’années, seuls 60 % des jeunes de la génération Y en font partie aujourd’hui. En cause des revenus au point mort qui ne leur permettent pas de faire face à la hausse des coûts du logement et de l’éducation.

Son influence économique a considérablement diminué

Le rapport analyse les nombreuses pressions qui s’exercent sur la classe moyenne dans des domaines tels que l’emploi, la consommation, la santé et l’endettement, ainsi que les perceptions et attitudes sociales. Le logement, par exemple, représente le poste de dépense unique le plus important chez les ménages à revenu intermédiaire, correspondant à environ un tiers du revenu disponible, par rapport à un quart dans les années 90. Ces vingt dernières années, les prix du logement ont progressé trois fois plus vite que le revenu médian des ménages.

En conséquence, dans la zone OCDE, à l’exception de quelques pays, les revenus intermédiaires sont à peine plus élevés aujourd’hui qu’il y a dix ans, progressant de 0.3 % tout juste par an, soit un tiers de moins que le revenu moyen des 10 % les plus aisés. « Aujourd’hui, la classe moyenne ressemble de plus en plus à un bateau qui naviguerait en eaux troubles », a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE Angel Gurría, à l’occasion du lancement du rapport à New York le 10 avril.

Un appel aux pouvoirs publics

L’OCDE alerte les pouvoirs publics en dressant un tableau sombre. Elle lance un appel à l’action car la classe moyenne est au cœur d’une société cohésive et prospère. Les pouvoirs publics doivent entendre les préoccupations des citoyens, mais aussi protéger et promouvoir le niveau de vie et la sécurité financière de la classe moyenne face aux défis économiques.

Trois axes sont privilégiés

  • Face à la montée du coût de la vie, les mesures prises devraient encourager l’offre de logements abordables. Des subventions ciblées, des aides financières pour emprunter et un allègement fiscal pour les acquéreurs d’un logement sont des solutions qui peuvent aider les ménages à revenu intermédiaire de la tranche inférieure.
  • Étant donné que les emplois temporaires ou instables, qui sont souvent plus précaires et moins bien rémunérés, remplacent de plus en plus les emplois traditionnels de la classe moyenne, il faut investir davantage dans les systèmes d’enseignement et de formation professionnels. La couverture de l’assurance sociale et des conventions collectives pour les travailleurs qui occupent des emplois atypiques, par exemple les travailleurs intérimaires ou à temps partiel et les travailleurs indépendants, devrait être étendue.
  • Enfin, pour favoriser l’équité du système socioéconomique, il faut envisager de transférer la charge fiscale du revenu du travail vers le revenu du capital et les plus-values, les revenus de la propriété et les successions, mais aussi de rendre l’impôt sur le revenu plus progressif et équitable.
En conclusion, la démarche prônée par l’OCDE permettrait de stimuler la croissance économique et de créer un tissu social plus solidaire et plus stable. Une conclusion et des axes d’intervention qui font écho à de nombreuses déclarations et demandes entendues tout au long du grand débat.

En France

La France se distingue positivement de la moyenne des pays de l’OCDE. En effet la part de la classe moyenne, 68 %, est plus importante dans notre pays que dans la plupart des pays de l’OCDE. Les prix du logement sont plus bas en France depuis 2015 que ceux de la moyenne de l’OCDE. Quant à l’emploi, un emploi à revenu intermédiaire sur six est actuellement exposé à un risque élevé d’automatisation en France, proche de la moyenne des pays de l’OCDE. Et enfin, un ménage français à revenu intermédiaire sur deux déclare avoir des difficultés à joindre les deux bouts.


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