Les clés du social Un regard sur le social

Accueil > Société > Associations > L’enjeu emploi du secteur associatif

L’enjeu emploi du secteur associatif

dimanche 7 février 2010

Jusqu’à l’année 2009, les dynamiques de créations d’associations (+ 73 000 en 2008-09) et de créations d’emplois (+ 30 000 pour 2008) ont perduré. Pourtant, la crise n’est pas complètement sans impact sur le monde associatif.

Sur la nébuleuse des associations, dont on ne sait pas exactement celles qui ont toujours une existence, environ 170 000 sont employeurs. Les emplois du monde associatif représentent près de 10 % de l’emploi privé (9,2 % exactement), avec 1 745 000 salariés en 2008, en progression de 300 000 par rapport à l’an 2000 et, avec 30 000 créations d’emplois dans l’année, de 1,9 % par rapport à 2007. Même si la progression est un peu ralentie en 2008, elle est beaucoup forte que dans le reste du secteur privé (+ 1 % en 2008) et contrairement à lui elle ne s’inverse pas dans le premier semestre 2009 (+ 1,9 % au premier trimestre et + 1,5 % au deuxième, en glissement annuel). Il s’agit donc d’un secteur important pour l’emploi, comme pour les missions réalisées.

Les associations employeurs ont en moyenne 10 salariés chacune. Mais la diversité est grande : 80 % d’entre elles n’atteignent pas ce nombre et ne représentent que 20 % des emplois. À l’opposé, les 1 % les plus grandes regroupent ¼ des salariés (26 %). Les associations les plus importantes se trouvent dans les secteurs de l’action sociale et de la santé (24-38 salariés en moyenne selon les sous-secteurs) et l’enseignement. Les embauches réalisées en 2008 sont à 60 % des femmes (10 points de plus que dans le privé hors associations), à 17 % des seniors, en forte progression.

La répartition géographique en est aussi intéressante. Même s’il existe quelques exceptions, l’emploi associatif est plus important que le taux moyen français surtout dans les départements ruraux et ceux où le PIB par habitant est le moins élevé, il est moins développé dans les départements les plus denses et urbains et à fort PIB par habitant. Est-ce qu’intervient l’anonymat des villes contre un plus fort maintien des liens sociaux en zones rurales, est-ce en lien avec le niveau des budgets privés, est-ce aussi en raison du niveau des équipements en services publics et des budgets communaux qui définissent les activités organisées institutionnellement et celles qui sont laissées au bénévolat ?

Malgré ce dynamisme, les associations sont affectées par la crise.

La fragilité d’existence et de financement, la faible taille de la plupart et de leur budget, le type d’activités pour certaines (spectacles, sports saisonniers…) ont des conséquences importantes sur les types d’emplois créés : en 2008, seules 7 % des déclarations d’embauches se sont faites en CDI, 18 % en CDD « longs » et 75 % en CDD de moins d’un mois : on trouve tout particulièrement ces emplois très courts dans la culture (94 % de ses embauches en 2008). Cette tendance au raccourcissement des contrats est très forte et constante dans les années 2000 : la durée moyenne des CDD est passée de 56 jours en 2000 à 38 jours en 2008, avec une accélération sur les 2 dernières années. Le secteur associatif accueille aussi beaucoup des 330 000 emplois aidés financés par l’État en 2009. Les CDI, quant à eux, se trouvent surtout dans la santé, l’hébergement médico-social et l’action sociale, où l’on retrouve beaucoup d’employées femmes.

Pour ¼ du total, les budgets des associations dépendent des financements publics. On pense aux subventions. Les exonérations de charges représentent 2,2 milliards d’euros dont 1 milliard d’aides générales et les 1,2 restants au titre des publics particuliers (0,4 Md, pour l’insertion en particulier), pour les emplois à domicile (0,6 Md) et pour des zones géographiques spécifiques 0,2 Md). S’y ajoute l’argent privé, dont les cotisations des adhérents, les dons et leur participation financière au coût des activités auxquelles ils participent, le mécénat des entreprises....

En temps de crise, les craintes se font jour (et plusieurs peuvent se cumuler) : selon les secteurs, crainte d’une restriction du nombre d’adhérents (20 millions), de bénévoles (15 millions en 2008) et de leur apport financier, craintes financières, réduction financière déjà concrétisée pour 32 % des grandes associations, surtout dans le secteur du sport mais aussi dans les secteurs santé, social, humanitaire. Le contexte de crise a un effet emploi et a déjà amené 13 % des associations à licencier, 5 % à réduire le temps de travail (or il y a déjà beaucoup de temps partiels) et a ralenti la croissance habituelle.

C’est dire si le financement des pouvoirs publics en 2010 est capital pour que les associations, où l’emploi jusque-là « n’a pas décroché », puissent continuer de maintenir cette performance. Or si les annonces du Haut Commissaire en novembre ont cherché à rassurer le secteur par l’annonce de la création d’une procédure permettant de sécuriser les subventions par rapport aux règles européennes et par l’augmentation du financement de la formation des bénévoles, aucune assurance financière a été apportée. Alors que les ressources publiques proviennent en partie de ministères (santé, sport, emploi, solidarité) où l’on serre toutes les dépenses… et que les entreprises également resserrent leur mécénat. Pourtant, le secteur associatif représente un secteur de plus en plus important dans la vie économique, le développement d’activités, de solidarités et l’emploi.


PS :

Source : La France associative, 2009